Femme ayant des douleurs à la nuque

Que faire quand la douleur devient chronique ?

Dossier

Publié le 10/11/2022

Dossier constitué avec : Le Centre National de Ressources de lutte contre la Douleur ; Sidi-Mohammed Ghadi, Représentant des Usagers à Trousseau (APHP) et collaborant avec le CNRD

Les douleurs chroniques sont considérées comme des « maladies » à part entière qui nécessitent un traitement à long terme car elles sont envahissantes et invalidantes, moralement et physiquement. 

La prise en charge de la douleur chronique est complexe car de nombreux facteurs interviennent. Elle commence nécessairement par une consultation chez le médecin traitant (généraliste) ou un spécialiste, qui oriente si besoin vers une consultation spécialisée dans un Centre d’Évaluation et de Traitement de la Douleur (CETD). Ces centres étant très sollicités, un délai d’attente de 6 à 12 mois est à prévoir.

Le traitement de la douleur conjugue les médicaments avec des méthodes physiques (kinésithérapie…) et/ou psychocorporelles (relaxation, hypnose, sophrologie…).

La douleur, à quoi ça sert ? C’est quoi ?

La douleur fait partie du système de défense et de protection de l’organisme. Lorsque le corps détecte une maladie, une blessure ou une anomalie, il déclenche un signal qui peut devenir une douleur afin de nous faire réagir, par exemple retirer la main du feu, ne pas marcher avec une entorse… 

La douleur est une sensation complexe, qui se traduit par 4 composantes indissociables :

  • Une sensation physique, localisée à un endroit du corps ou diffuse, plus ou moins intense, et évolutive (« ça pique », « ça brûle », « ça fait très mal », « ça augmente »…) ;
  • Une émotion (« c’est désagréable », « c’est inquiétant », « c’est insupportable ») ;
  • Un comportement de réaction à la douleur via le corps ou la parole (position, grimace, évitement, pleurs, cris, plainte) ;
  • Une réaction mentale, qui correspond à notre façon d’interpréter la douleur, de chercher à l’oublier ou à vivre avec, et de l’anticiper aussi.

Les différents types de douleur

La détection d’un stimulus douloureux se fait grâce au système nerveux, notamment les nerfs qui sont reliés à des récepteurs sensibles à la douleur, les nocicepteurs. On parle alors de douleur nociceptive.

Cependant, il arrive que le système nerveux soit abîmé et ne fonctionne plus normalement. Il peut alors déclencher une douleur dite neuropathique, qui présente un fond douloureux permanent et/ou des accès soudains. Ce type de douleur peut devenir chronique.

Il existe également des douleurs chroniques pour lesquelles on ne retrouve aucune cause décelable avec les méthodes médicales habituelles. Le système de perception des stimulus douloureux s’est emballé, on parle alors de douleur nociplastique.

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Une douleur aiguë ne se prolonge pas dans le temps : elle disparaît en quelques heures ou semaines, selon le temps nécessaire à la guérison de ce qui l’avait provoquée. Elle est due à une cause précise, connue ou non : une blessure, un examen médical ou un soin, l’effet secondaire d’un traitement…

Une douleur chronique se distingue de la douleur aigüe en de nombreux points :

  • Elle dure au moins 3 mois, malgré un traitement antalgique (c’est-à-dire qui atténue ou supprime la douleur) ;
  • Elle persiste même si la cause de la douleur a disparu ;
  • Elle n’a pas toujours de cause visible ;
  • Elle augmente, diminue, disparaît ou réapparaît sans que l’on sache toujours expliquer pourquoi ;
  • Elle est envahissante, moralement et physiquement ; elle perturbe la vie.

Certaines douleurs chroniques sont dues à une douleur aiguë mal soulagée, d’autres à des séquelles que l’on ne peut pas réparer, d’autres encore à des maladies de longue durée. Parmi les douleurs chroniques les plus fréquentes figurent la migraine, l’arthrose, ou encore la polyarthrite rhumatoïde.

Les douleurs chroniques ne jouent pas ou plus le rôle d’un signal d’alarme. Ce sont des maladies à part entière qui nécessitent un traitement à long terme car elles ont des conséquences importantes sur la qualité de vie : sommeil, dépression, handicap, isolement, difficultés professionnelles et/ou familiales…

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Comment exprimer la douleur ? Vers qui se tourner ?

La douleur est un phénomène subjectif : même si nous savons tous ce qu’est la douleur, nous ne percevons pas la douleur d’autrui.

La personne qui a mal est la plus à même de définir sa douleur et d’en parler. Pour mesurer l’intensité de la douleur, c’est donc au patient que l’on peut demander de donner lui-même une valeur numérique sur une échelle de 0 à 10, ou de l’indiquer sur une réglette : c’est le principe de l’autoévaluation.

Quand le patient ne peut pas s’exprimer à cause de son état de santé ou de son âge par exemple, le soignant évalue l’intensité de la douleur avec une échelle qui analyse le comportement : c’est l’hétéroévaluation.

Il existe plusieurs types d’outils d’évaluation de la douleur : questionnaires, schémas à compléter, échelles, réglettes, etc. Chacun d’eux a un objectif précis : évaluer l’intensité de la douleur, aider à trouver des mots pour la décrire, localiser la douleur, évaluer ses conséquences sur le quotidien. Ces outils sont très utiles lorsque l’on souffre d’une douleur chronique, difficile à évaluer et donc à traiter, à l’exception des échelles d’intensité qui ne sont opérantes que pour évaluer la douleur aiguë. 

Quelle que soit la douleur, seul un signalement auprès d’un professionnel de santé permet sa prise en charge. Le premier recours est le médecin traitant ou tout autre professionnel de santé libéral régulier comme l’infirmière ou le pharmacien. 

Pour une prise en charge de la douleur chronique, il existe des structures spécialisées au sein d’établissements de santé : les consultations douleur, voire, pour les cas les plus complexes, les Centres d’Évaluation et de Traitement de la Douleur (CETD). Ces centres font collaborer différents professionnels (anesthésiste, neurologue, psychiatre, psychologue, rhumatologue, infirmière ressource douleur, assistante sociale…) et recourent à des techniques particulières (musicothérapie, hypnose, acupuncture…). Seul le médecin traitant (généraliste ou spécialiste) peut adresser un patient à l’un de ces centres ou consultations. 

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Que risque-t-on à ne pas traiter la douleur ?

Lorsqu’une douleur survient, il est important de la signaler afin de chercher sa cause et de la traiter rapidement. En effet, plus une douleur dure, plus elle risque de s’installer et de devenir chronique. Et contrairement à une idée couramment répandue, on ne s’endurcit pas à la douleur avec le temps. C’est même l’inverse : la prolongation d’une douleur aiguë peut dérégler le système de perception de la douleur. On parle alors de « sensibilisation » du système nerveux. Les informations reçues par les récepteurs nerveux sont alors amplifiées, voire transmises de façon exagérée au cerveau.

Il est donc impératif de traiter rapidement et efficacement toute douleur, a fortiori si sa cause est mal identifiée ou difficile à faire disparaître, car le système de la douleur peut « s’emballer » et la douleur s’installer dans le temps. 

Le traitement de la douleur chronique est particulièrement complexe, car avec le temps il est généralement impossible d’en trouver une cause curable (elle peut même avoir complètement disparu).

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Comment traiter la douleur ?

Stratégies de traitement 

Le traitement antalgique est particulièrement adapté à la douleur aiguë. Selon la nature du stimulus provoquant la douleur, de la lésion ou la maladie responsable, de la partie du corps touchée, ou encore de l’intensité de la douleur, les techniques antalgiques utilisées seront physiques ou médicamenteuses.

En cas de douleur chronique, les solutions uniquement bio-médicales (les médicaments principalement) s’avèrent le plus souvent inefficaces. Le traitement s’inscrit alors dans la durée, en associant diverses disciplines et en intégrant un programme d’éducation thérapeutique. Il s’agit de modifier des paramètres émotionnels et psychologiques pour tenter de « reprogrammer » le système de détection et de perception de la douleur.

Types de traitement

La plupart des douleurs aiguës peuvent être traitées avec des médicaments de type paracétamol, des anti-inflammatoires ou des opioïdes. Ces médicaments ont des effets indésirables à connaître. Sous l’effet de la douleur, la surconsommation et une toxicité peuvent rapidement survenir.

Pour certaines douleurs chroniques, en particulier d’origine neuropathique, on peut prescrire des médicaments agissant sur le système nerveux, et classés à l’origine comme antidépresseurs ou antiépileptiques. Il existe aussi des médicaments qui agissent de manière plus spécifique à certaines douleurs (par exemple contre la migraine).

En complément des médicaments, d’autres méthodes peuvent être utilisées pour la prise en charge des douleurs chroniques :

  • Des approches physiques comme le reconditionnement physique et l’activité physique adaptée (APA), la kinésithérapie, la physiothérapie (application de chaleur, de froid, de courants électriques transcutanés), la balnéothérapie, certaines contentions (corset lombaire par exemple), l’éducation posturale et gestuelle.
  • Des méthodes dites psychocorporelles, qui agissent à la fois pour un bien-être psychique et corporel, par exemple la sophrologie, la méditation, l’hypnose... À noter que certaines méthodes présentent un risque de dérive sectaire (décodage biologique, thérapie du rêve éveillé, méthode Simonton, Reiki…).
  • D’autres recours thérapeutiques (l’acupuncture, l’ostéopathie, l’homéopathie…), dont l’évaluation scientifique est discutée ou contestée, peuvent néanmoins être bénéfiques auprès de certaines personnes.
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Vivre avec des douleurs chroniques

Comment obtenir une consultation avec un spécialiste de la douleur (un algologue) ?

Seul un médecin généraliste ou spécialiste peut orienter un patient vers un algologue (consultation douleur ou Centre d’Évaluation et de Traitement de la Douleur / CEDT). Il faut savoir que les délais d’attente s’étendent de 3 mois à 1 an selon les régions.

Les consultations douleur sont-elles remboursées ?

Pour connaître les modalités de remboursement des consultations, consulter le site de l’Assurance Maladie : https://www.ameli.fr/assure/remboursements/rembourse/consultations-tele…

Quelles sont les démarches à faire en cas de douleur chronique ?

Un patient qui souffre de douleurs chroniques, par exemple dans le cas d’un rhumatisme inflammatoire ou d’un mal de dos, peut recourir à la MDPH (Maison Départementale pour les Personnes Handicapées) afin de demander la RQTH (Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé). La RQTH ouvre des droits spécifiques pour le maintien dans l’emploi, par exemple l’aménagement du poste de travail, voire à un reclassement professionnel (totalement pris en charge par la MDPH).

C’est également la MDPH qui octroie l’Allocation aux Adultes Handicapés (AAH), selon des critères d'incapacité, d'âge, de résidence et de ressources financières.

La reconnaissance de la douleur comme maladie peut également conduire à un arrêt de travail de longue durée, prescrit par un médecin. Cette situation peut entraîner de lourdes difficultés en termes de ressources financières. Le retour à l’emploi consiste alors un enjeu important, tant médical que social.

Qui peut apporter de l’aide pour mener les démarches ? 

Le site web et la ligne téléphonique Santé Infos Droits (01 53 62 40 30) https://www.france-assos-sante.org/sante-info-droits/ regroupe des juristes et avocats qui répondent à toutes questions en lien avec le droit de la santé. 

Il existe également des associations de patients reconnues  (par exemple Fibromyalgie France, Endofrance) ou l’Association Francophone pour Vaincre les Douleurs (AFVD) https://www.association-afvd.com/l-association/presentation dédiée aux patients atteints de douleurs chroniques.

À noter également les assistantes sociales, le référent santé et sécurité (également appelé « préventeur ») dans l’entreprise où travaille le patient, ou encore les proches aidants (une personne de l’entourage proche du patient : famille, ami, voisin…).

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