Le poisson à La Réunion est-il pollué ?

Article

Publié le 04/07/2023

Information proposée par Ma santé.re / Mieux vivre à la Réunion

Selon les recommandations officielles, il faut manger des produits de la mer deux fois par semaine. Pourtant, on entend souvent dire que les poissons sont pollués, et donc potentiellement dangereux pour la santé. Qui croire ? Explications.

Consommation de poisson : les recommandations

La consommation de poisson est recommandée deux fois par semaine. Dans l'idéal, il faut alterner la consommation de poissons gras (sardine, maquereau, hareng, saumon) et de poissons maigres (daurade, colin, cabillaud, sole).

Selon l'ANSES, les femmes enceintes, allaitantes et les enfants de moins de 30 mois ne doivent pas consommer d'espadon ni de marlin. Il leur est également recommandé de limiter la consommation des autres grands prédateurs pélagiques (thon, bonite, carangue) à 150gr par semaine pour les femmes enceintes ou allaitantes et 60gr pour les enfants de moins de 30 mois, soit une portion par semaine maximum.

Le poisson Réunionnais, j'en mange ou pas ?

En 2003, l’Agence Française de Sécurité Sanitaire a conduit une grande étude scientifique baptisée CALIPSO pour comparer les risques et les bienfaits du poisson dans notre alimentation. Objectif : faire la part des choses entre les qualités nutritionnelles reconnues des produits de la mer et leur toxicité potentielle. Résultat : le poisson est plutôt bon pour la santé.

Pollution, toxicité, métaux lourds : de quoi parle-t-on ?

Depuis plusieurs années, une inquiétude demeure quant au niveau de pollution grandissant de certains poissons. En effet, l’activité industrielle provoque l’écoulement de tonnes de produits chimiques dans les océans. Des produits parfois toxiques qu’on retrouve ensuite dans les poissons que nous mangeons.

Leur concentration a tendance à augmenter à mesure que l’on remonte la chaine alimentaire : en mangeant un petit poisson, le plus gros absorbe sa pollution, avant d’être lui-même mangé par un autre, encore plus gros, qui absorbe sa pollution… et ainsi de suite jusqu’à arriver aux grands prédateurs comme le marlin et l’espadon.

poisson_pollue.png

1- L'ingestion de métaux lourds

Les métaux lourds comme le mercure ou le plomb (à la fois présent naturellement mais aussi par le biais des rejets industriels) se retrouvent dans les algues et les micro-organismes des fonds marins. Ils sont alors ingérés par les petits poissons qui s'en nourrissent, et remontent ainsi la chaîne alimentaire pour atterrir dans nos assiettes.

Car à chaque fois qu'un poisson en mange un autre, il absorbe le mercure qu'il contient. Il se charge donc de plus en plus en mercure, qu'il transmettra à son tour à ses prédateurs, et ainsi de suite jusqu'aux grands poissons pélagiques en haut de la pyramide alimentaire, comme le thon par exemple, qui présentent la plus haute concentration en polluants.

Qu'est ce que je risque ?

À haute dose, le mercure organique est toxique pour le système nerveux humain, en particulier durant son développement dans le ventre de la mère (même en l'absence de signes toxiques chez la mère) et au cours de la petite enfance. Cette substance peut provoquer des troubles du comportement légers et des retards de développement.

Comment éviter les métaux lourds dans mon assiette ?

Les quantités de produits toxiques présents dans les poissons sont infimes : dans l'immense majorité des cas, les produits visés présentent des concentrations inférieures aux seuils de dangerosité fixés par l'Organisation Mondiale de la Santé. Il n'y a donc pas de recommandation particulière pour le consommateur.

Seule exception, à prendre en compte à La Réunion, en raison de la quantité importante de mercures décelés dans les poissons prédateurs sauvages : une prudence particulière dans la consommation d’espadon, marlin, thon, daurade, etc.

  • Pour les enfants en bas âge (1 - 30 mois) : veiller à ce qu'ils ne consomment pas plus de 60 grammes de poissons prédateurs sauvages par semaine, en évitant la consommation d'espadons et de marlins en plus de leur consommation habituelle de poissons non prédateurs
  • Pour les femmes enceintes et allaitantes : veiller à ne pas consommer plus de 150 grammes de poissons prédateurs sauvages par semaine, en évitant, à titre de précaution, la consommation d'espadon et de marlin

2- L'intoxication à l'histamine

L'histamine est une molécule impliquée dans le système immunitaire présente dans tous les organismes vivants : sa présence n'est pas liée à la pollution environnementale. Lorsqu'elle est ingérée, elle peut provoquer des réactions ressemblant à une allergie. C'est ce que l'ont appelle une intoxication à l'histamine, aussi connue comme "syndrome de pseudo allergie alimentaire". Elle est liée à la consommation d'aliments riches en histamine. C'est le cas du thon, du maquereau, de la bonite mais aussi de la sardine.

C'est la rupture dans la chaîne du froid qui va entraîner la formation d'histamine dans ces poissons.

Qu'est ce que je risque ?

L'histamine est responsable du syndrome de pseudo allergie alimentaire. Les signes se manifestent en quelques minutes ou au bout de quelques heures sous forme de boutons, de rougeur, de démangeaison, d'œdème du visage, de sensation de chaud.

Comment je l'évite ?

L'apparition d’histamine dans le poisson dépend de la température à laquelle il est conservé dès le moment de sa capture et jusqu’à sa consommation. Pour éviter l’intoxication à l’histamine, le respect de la chaîne du froid est essentiel. Ainsi, à La Réunion où l'on consomme beaucoup de thon en tartare notamment, un arrêté préfectoral exige que les restaurateurs aient une formation pour manipuler le thon.

À savoir : l'histamine n'est pas détruite par la cuisson, ni par le fumage ou la mise en conserve.

Entre 2010 et 2013, 11 % des intoxications alimentaires collectives à La Réunion étaient liées à une réaction à l'histamine.

3- La ciguatera

Encore une histoire de chaîne alimentaire ! La ciguatera est une intoxication alimentaire due à l'ingestion d'une toxine appelée ciguatoxine. Ici, les petits poissons mangent de minuscules algues toxiques avant d'être mangés par des poissons plus gros qui accumulent cette toxine. Lorsque l'homme consomme cette toxine en bout de chaîne, il peut contracter les symptômes de cette maladie. La ciguatera ne peut se contracter qu'à la consommation de poisson carnassier (mérou, barracuda, murène, carangue).

Qu'est ce que je risque ?

Les symptômes ne sont pas spécifiques à cette maladie et peuvent prendre différentes formes : picotement des extrémités, vomissements, diarrhée, grattelle, douleurs abdominales, fatigue, maux de tête, voire hallucinations sont les signes les plus courants (mais il y en a beaucoup d'autres). Ils apparaissent quelques minutes à 2 à 3 heures après l'ingestion et peuvent durer plusieurs jours (voire jusqu'à 3 semaines). Il est recommandé dans ces cas là d'aller voir son médecin traitant. Il vous prescrira antispasmodique, anti émétique et anti histaminique.

Comment je l'évite ?

En apparence, rien ne permet de distinguer un poisson suspect : son aspect, son goût et son odeur ne sont pas modifiés. De plus, ni la cuisson ni la congélation n'empêchent la toxicité. C'est donc un risque qui va de pair avec la consommation de poisson.

Entre 2010 et 2013, la ciguatera représentait 7 % des infections alimentaires collectives recensées à La Réunion. La ciguatera est plus fréquente dans les Antilles ou en Polynésie.

4- L'intoxication alimentaire suite à l'ingestion de chaire de requin

Les scientifiques qui se sont penchés sur la question ne sont pas d'accord quant au type de toxines contenues dans la chaire de requin. Certaines études penchent pour des ciguatoxines responsables de la ciguatera, d'autres études indiquent qu'il s'agit d'autres toxines, proches... mais pas tout à fait.

Qu'est ce que je risque ?

Les risques sont les mêmes que pour la ciguatera : des symptômes variés qui apparaissent quelques minutes à 3 heures après l'ingestion. Il est recommandé dans ces cas là d'aller voir son médecin traitant.

Comment je l'évite ?

Dans le doute, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) recommande de ne pas consommer de chaire de requin péché au large de La Réunion afin d'éviter tout risque de contamination.

Notez en outre que le requin étant en bout de chaîne alimentaire et souvent appelé "nettoyeur des mers", sa chaire peut être aussi riche en métaux lourds, notamment en mercure.

Sources

Etude Calipso, bénéfices et risques d'une forte consommation de produits de la mer — ANSES

Consommation de poissons et exposition au méthylmercure — ANSES

Manger du poisson : pourquoi ? Comment  ? — ANSES

Avis relatif à la consommation des poissons prédateurs pélagiques, en particulier l'espadon, à la Réunion vis-à-vis du risque sanitaire lié au méthylmercure — Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments

Avis relatif aux recommandations sur les bénéfices et les risques liés à la consommation de produits de la pêche dans le cadre de l’actualisation des repères nutritionnels du PNNS— ANSES

Tous nos articles sont rédigés avec l’aide de professionnels de santé de La Réunion.

À retrouver sur https://masante.re/le-poisson-a-la-reunion-est-il-pollue-3138.html

Anonyme (non vérifié)
Anonyme (non vérifié)
Anonyme (non vérifié)
Anonyme (non vérifié)
Anonyme (non vérifié)
Anonyme (non vérifié)
Anonyme (non vérifié)

Est-il vrai que les trotteurs pour bébés sont déconseillés ?

05/07/2023 4 mins de lecture

Interdits au Canada depuis 2004, les trotteurs pour bébés (ou youpalas) peuvent occasionner des accidents graves, en particulier lors de chute dans un escalier. Depuis plus de 20 ans, les scientifiques accumulent les données et sonnent l’alerte sur la dangerosité de ces dispositifs et sur leur impact négatif sur l’acquisition de la marche autonome.

Dans l’Union européenne, les trotteurs ne sont pas interdits mais sont vendus avec une série de mises en garde destinées aux parents.

 

Image

Crédit photo : 근형 김 sur pexels

Trotteur, youpala, baby trotter ou marchette (au Québec), ces termes désignent un dispositif à roulettes dans lequel un nourrisson est suspendu par une sorte de culotte et qui lui permet de se déplacer en bougeant ses pieds, avant qu’il ait acquis la capacité de marcher. La base de ces trotteurs est habituellement un cerceau large qui sert de « pare-chocs ».

Un trotteur peut-il s’avérer dangereux ?

En trotteur, un nourrisson peut prendre de la vitesse très rapidement, jusqu’à 1 m par seconde. Dépourvu de moyen de freiner, le trotteur peut facilement se cogner contre les murs et les meubles. Le choc risque de faire tomber un objet sur l’enfant. Mais il peut également faire céder une barrière de protection contre les chutes dans un escalier. Le trotteur peut aussi basculer vers l’arrière si l’enfant y place son poids ou s’il a un mouvement brusque de recul. Enfin, les roulettes du trotteur sont susceptibles de se coincer dans des obstacles au sol, par exemple des câbles ou des tapis.

Des accidents signalés depuis au moins 25 ans

En France, une étude du service pédiatrie de la faculté de médecine de Strasbourg publiée au début des années 2000 a montré que les trotteurs sont responsables de plus de 40 % des traumatismes crâniens recensés chez les enfants de moins de 12 mois, des accidents tous provoqués par une chute dans les escaliers. Une autre étude, menée à Toulouse de 2003 à 2005, a recensé 178 accidents de trotteur chez des nourrissons dont 72 % de traumatismes crâniens.

En 2004, la Commission de la sécurité des consommateurs (qui dépend de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, DGCCRF) a émis un avis préconisant une grande vigilance sur l'utilisation des trotteurs et conseillé de cesser de les utiliser dès que l'enfant acquiert de la vitesse ou dès qu'il marche.

Interdits au Canada depuis 2004

En 2003, une enquête canadienne a montré que, chaque année, environ 1 000 nourrissons subissaient un accident de trotteur (pour environ 500 000 trotteurs, soit un enfant sur 500).

Dans 85 % des cas, les blessures résultaient d'une chute de l'enfant dans un escalier. Plus de la moitié de ces accidents étaient des traumatismes crâniens, dont des traumatismes graves avec une fréquence deux fois plus élevée que lors de chute ordinaire dans l'escalier.

Des brûlures étaient également observées, les nourrissons en trotteur étant dans une position plus favorable pour saisir des casseroles ou des poêles sur des cuisinières ou des tables. À la suite de cette enquête, le Canada a interdit la vente et l’usage de trotteurs.

Quelles sont les règles dans l’Union européenne ?

Dans l’Union européenne, les trotteurs sont autorisés à condition qu’ils remplissent une norme dont l’objectif principal est d’empêcher le basculement et de réduire la capacité de l'enfant à atteindre des objets dangereux et à tomber dans des endroits instables, tels que des escaliers ou des bordures de trottoir (norme EN 1273:2005).

Des avertissements destinés aux parents sont également obligatoires, car « c'est à l'adulte qui supervise l'enfant qu'il incombe de veiller à ce que l'environnement de l'enfant dans le trotteur soit aussi sûr que possible. »

Néanmoins, chaque année, les services de la DGCCRF identifient toujours des trotteurs qui présentent des anomalies : étiquetage fantaisiste, marquages peu visibles (par exemple sous le siège), marquages non traduits en français, etc.

Pourquoi les trotteurs ne sont-ils pas interdits dans l’Union européenne ?

Les autorités européennes considèrent que ce n'est pas la sécurité du produit lui-même qui est en cause mais les capacités de l'enfant à accéder à des zones dangereuses pour lui. Pour l’Union européenne, interdire les trotteurs ne supprimerait pas le risque qu'un enfant puisse tomber dans les escaliers dès qu'il commencera à se déplacer, que ce soit en rampant, en marchant ou en roulant grâce à un trotteur. Dans cet esprit, la politique adoptée est celle d’assortir les trotteurs de conseils de vigilance destinés aux parents et de rappeler régulièrement les règles à respecter pour assurer une meilleure sécurité domestique, au-delà des seuls trotteurs. En France, les trotteurs sont interdits dans les crèches ou chez les assistantes maternelles.

Quel est l’impact des trotteurs sur l’acquisition de la marche par l’enfant ?

De nombreux psychomotriciens mettent en garde contre les effets négatifs des trotteurs sur l’acquisition de la marche. Selon ces professionnels, l’enfant, en suspension, n’a pas son corps en appui sur ses jambes. Il penche son corps vers l’avant et se sert uniquement de ses pointes de pied pour aller le plus vite possible. Ainsi, il n’acquiert ni le sens de l’équilibre, ni la coordination motrice, en particulier l’usage de ses bras comme balancier. Ces particularités de la position en trotteur peuvent se traduire, à terme, par des déformations au niveau des jambes, des pieds et des hanches. De plus, l’enfant aura du mal à acquérir un autre schéma de marche.

Dans la norme européenne, il est précisé que : « Les trotteurs ne sont pas des dispositifs d'apprentissage de la marche, et leur utilisation prolongée peut interférer avec le développement naturel des capacités de marche d'un enfant. C'est pourquoi la norme exige également que les trotteurs portent des instructions qui attirent l'attention des adultes sur le fait que le produit n'est pas destiné aux enfants dépassant un certain poids ou à ceux qui sont encore trop jeunes pour se tenir assis sans aide. »

En conclusion, l’usage d’un trotteur n’est pas formellement déconseillé par les autorités sanitaires européennes. Néanmoins, cet usage exige, de la part des parents, une vigilance de tous les instants, en particulier pour garder le nourrisson éloigné des escaliers, marches, meubles et ustensiles de cuisine brûlants. De plus, mieux vaut veiller à ce que cet usage reste occasionnel afin de ne pas perturber l’acquisition de la marche autonome.

Auteur : Service Public d'Information en Santé (SPIS)

Le Service Public d’information en santé met à la disposition du grand public les informations les plus pertinentes, solides et utiles pour vos recherches en santé.

Info ou intox ? Dans le cadre de la lutte contre les fausses informations qui circulent en matière de santé, rédacteurs et experts scientifiques répondent ici à vos demandes de décryptages déposées sur Santé.fr.

Anonyme (non vérifié)
S'abonner à