

Qu’est-ce que le traitement hormonal de la ménopause ?
Le traitement hormonal de la ménopause (THM), autrefois appelé traitement hormonal substitutif, repose sur la prescription d’hormones sexuelles (œstrogènes et progestérone), pour compenser la chute de leur taux sanguin lorsque les ovaires cessent de les produire. Il est prescrit lorsque les troubles liés à la ménopause sont sévères au point de nuire profondément à la qualité de vie.
Plusieurs études portant sur le THM par voie orale (ce qui était autrefois systématiquement le cas) ont montré que, pris pendant plusieurs années, ce traitement augmente le risque de maladies cardiovasculaires et d'accidents vasculaires cérébraux (attaques). De plus, dans ces études, le THM augmentait le risque de cancer du sein, de l'ovaire, et de l'endomètre (utérus) en particulier lorsque les estrogènes sont utilisés seuls [6]. Ces observations ont été confirmées dans la cohorte française E3N Générations (environ 100 000 femmes suivies depuis 35 ans), en particulier à partir d’une durée de traitement de 5 ans [7,8].
Récemment, des études ont atténué ces mises en garde vis-à-vis du THM, en particulier lorsque les estrogènes sont administrés sous forme de gel à appliquer sur la peau ou de dispositifs transdermiques (« patchs »). Ainsi, pour les femmes chez qui le THM n’est pas contre-indiqué, la Haute Autorité de santé a émis, en 2025, des recommandations plus nuancées [1] :
- le THM est indiqué chez les femmes souffrant de troubles liés à la ménopause (notamment de bouffées de chaleur) avec un retentissement important sur la qualité de vie. Un THM peut alors être instauré si la femme le souhaite, à la plus petite dose efficace, pour la durée la plus courte possible, avec une information claire sur les risques. Une réévaluation régulière du traitement doit être assurée par le médecin traitant, au moins une fois par an ;
- le THM est également indiqué chez les femmes ménopausées présentant un risque élevé de fractures, mais seulement en cas d'intolérance ou de contre-indication aux autres traitements indiqués dans la prévention de l'ostéoporose (les « bisphosphonates »).
Le THM reste contre-indiqué chez les femmes qui ont des antécédents personnels de maladie cardiovasculaire, qui ont déjà souffert d’un cancer du sein ou de l'utérus, ou qui présentent des hémorragies vaginales anormales [1,2,3].
Aujourd’hui, environ 500 000 Françaises reçoivent un THM [9,10]. Si vous vous interrogez sur l'opportunité d'un THM, parlez-en avec votre médecin ou votre gynécologue. Faites-vous expliquer clairement l’utilité d’un traitement dans votre cas et sur ses éventuels risques et bénéfices.
Quels sont les médicaments prescrits dans le traitement hormonal de la ménopause ?
Le traitement hormonal de la ménopause utilise préférentiellement des formes d’estrogènes (estradiol) administrées par voie cutanée (gel ou patch). Ces formes présentent moins de risques de caillot sanguin ou d’AVC que les formes orales [1,11]. Les estrogènes sont habituellement associés à la progestérone (progestérone micronisée ou dydrogestérone) chez les femmes qui n’ont pas subi d’ablation de l’utérus.
Le THM peut être débuté précocement dès les premiers signes de ménopause, après un examen clinique et gynécologique complet (y compris l’analyse des antécédents familiaux), et poursuivi tant que les manifestations de la ménopause diminuent la qualité de vie. Une réévaluation régulière du traitement doit être assurée par le médecin traitant, au moins une fois par an [1].
Les estrogènes dans le traitement hormonal de la ménopause
Les estrogènes peuvent être appliqués localement sous forme de gel ou de dispositif transdermique (patch), ou pris en comprimé par voie orale (mais cette voie d’administration est moins recommandée).
L'estradiol est l'estrogène le plus utilisé en France actuellement dans le contexte du traitement de la ménopause. Il est le plus souvent prescrit en association avec la progestérone ou un de ses dérivés (voir ci-dessous). Les doses d'estrogènes sont adaptées à chaque femme : la persistance des bouffées de chaleur, de la sécheresse vaginale, etc. peut amener le médecin à augmenter progressivement les doses. En revanche, l'apparition d'une tension douloureuse des seins peut conduire à réduire les doses.
Les progestatifs dans le traitement hormonal de la ménopause
Lors du cycle menstruel normal, l'organisme produit de la progestérone qui déclenche l’élimination des couches superficielles de l’endomètre (le revêtement qui tapisse l'utérus) lors des règles. Les femmes ménopausées qui prennent seulement des estrogènes ont, du fait de l’absence de progestérone, un risque augmenté d'apparition d'un cancer de l'endomètre. Pour diminuer ce risque, on prescrit habituellement un progestatif en association avec les estrogènes au moins 10 jours par mois (sauf chez les femmes ayant subi une ablation de l’utérus) [1].
Réduire le risque de méningiome lors de traitement par les progestatifs
Une augmentation du risque de méningiome (tumeur cérébrale le plus souvent bénigne) a été établie avec les médicaments contenant de la chlormadinone ou du nomégestrol (LUTÉNYL et LUTÉRAN). En conséquence, l’Agence du médicament (ANSM) a recommandé de ne plus prescrire ces médicaments dans le cadre du THM [12].
L’augmentation du risque de méningiome a également été démontrée avec la médrogestone (COLPRONE) ; elle est suspectée pour la progestérone (UTROGESTAN et génériques) et la dydrogestérone (DUPHASTON). En conséquence, ces progestatifs ne doivent pas être utilisés en cas de méningiome actuel ou ancien. Ils doivent être prescrits à la dose minimale efficace et pour une durée la plus courte possible et la pertinence du traitement sera réévaluée au minimum une fois par an.
De plus, en cas de traitement par médrogestone, une IRM cérébrale doit être réalisée à l'initiation du traitement en cas de facteurs de risque de méningiome, au bout de 1 an de traitement lorsque le traitement nécessite d'être poursuivi, puis 5 ans après la première IRM, puis tous les 2 ans tant que le traitement est poursuivi [12].
Si vous prenez ces médicaments, consultez votre médecin en cas de signes évocateurs d’un méningiome : maux de tête, troubles de la vision, du langage, de la mémoire et de l’audition, vertiges, convulsions, perte de l’odorat, faiblesse ou paralysie. Il pourra vous prescrire une IRM cérébrale pour le dépister.
Les médicaments contenant un estrogène et un progestatif
Il existe des médicaments contenant à la fois un estrogène et un progestatif. Ils permettent ainsi de délivrer les deux types d'hormones en une seule prise. Ils se présentent sous forme de comprimés ou de dispositifs transdermiques (patchs).
Ces associations sont susceptibles de provoquer les mêmes effets indésirables que chacune des substances qu'elles contiennent.
Le traitement combiné estrogène/progestatif peut être pris de façon cyclique ou continue :
- dans le cas du traitement cyclique, les estrogènes ou la progestérone ou les deux hormones sont prises certains jours du mois, les règles surviennent alors tous les mois ;
- dans le cas du traitement continu, les hormones sont prises ensemble tous les jours, les règles sont absentes, mais le médecin peut en déclencher après quelques mois afin d'éviter l'épaississement de la paroi de l'utérus.
La testostérone soulage-t-elle les symptômes de la ménopause ?
À ce jour, aucune étude solide ne montre que la testostérone (hormone présente en plus grande quantité chez l’homme, mais aussi produite par les femmes) soulage les symptômes de la ménopause [13]. Son usage, promu récemment sur les réseaux sociaux, ne repose donc pas sur des preuves. Par ailleurs, il n’existe aucune preuve que la ménopause s’accompagne d’une chute significative des taux sanguins de testostérone chez la femme.
Dans le Global Consensus Position Statement on the Use of Testosterone Therapy for Women [13], publié en 2019 dans Menopause, des experts internationaux ont conclu qu’aucune preuve solide ne montre un effet de la testostérone sur les bouffées de chaleur, la fatigue, la mémoire, la silhouette ou le « rajeunissement ». De plus, il n’existe aucun argument étayé permettant d'affirmer que la testostérone améliore l'humeur, les capacités cognitives ou la qualité de vie chez les femmes.
Le seul bénéfice démontré du traitement par testostérone chez la femme concerne la diminution persistante du désir sexuel associée à une souffrance personnelle ou relationnelle. Cette conclusion s’appuie notamment sur un essai publié en 2008 dans le New England Journal of Medicine [14] menée sur 814 femmes ménopausées. Un patch délivrant 300 microgrammes de testostérone par jour a entraîné, en moyenne, un rapport sexuel satisfaisant supplémentaire par mois par rapport au placebo.
Les traitements locaux de la sécheresse vaginale
La diminution des taux sanguins d’estrogènes peut entraîner une sécheresse de la paroi du vagin, à l’origine d’inconfort, de douleurs lors des rapports sexuels et d’un risque plus élevé d’infections vaginales.
Les estrogènes sous forme de crème vaginale, d'ovules ou d'anneau vaginal peuvent être prescrits par le médecin en cas de sécheresse vaginale due à la ménopause. Ils permettent de prévenir l'amincissement et l'assèchement des parois vaginales ainsi que la sensibilité aux infections ou à la douleur pendant les rapports sexuels.
Bien que le passage de ces médicaments dans le sang soit négligeable, ils sont néanmoins contre-indiqués en cas de cancer du sein ou de l'endomètre, d’épaississement de l'endomètre non traité ou d’antécédent de caillot sanguin [11].
Par ailleurs, en cas de sécheresse vaginale, des produits d’hygiène, vendus en pharmacie ou dans les grandes surfaces, tels que gels et liquides humidifiants ou lubrifiants peuvent être placés à l’entrée du vagin avant chaque rapport sexuel et jouent le même rôle que les sécrétions physiologiques. Les gels à base d’eau (et non de corps gras) sont à privilégier.
Existe-t-il des traitements naturels contre la ménopause ?
Certaines plantes peuvent être proposées pour soulager des troubles attribués à la ménopause, tels que les bouffées de chaleur et les troubles de l’humeur. Les plantes les plus utilisées sont celles contenant des isoflavones ou autres phytoestrogènes, des substances ayant des effets proches des hormones féminines (estrogènes) : soja, igname sauvage (« yam »), trèfle rouge, actée à grappes noires, gattilier, achillée millefeuille, etc. Elles doivent être utilisées avec précaution et sous contrôle médical. D’autres plantes sont également proposées, en particulier contre les bouffées de chaleur : houblon, sauge officinale, graines de lin, etc.
Les études manquent pour confirmer l’efficacité de ces traitements dits « naturels ».
Par ailleurs, de nombreux compléments alimentaires sont proposés pour soulager ces troubles en stimulant ou en remplaçant la production d'hormones sexuelles : isoflavones ou phytoestrogènes extraits des plantes cités précédemment et DHEA. Leur usage doit impérativement se faire sous contrôle médical. D’autres substances sont parfois proposées : endophospholipides, calcium, gelée royale, etc. De nouveau, nous ne disposons que de peu d’études sur ces substances dans le contexte de la ménopause. Dans tous les cas, l’usage de ce type de complément alimentaire doit se faire sous contrôle médical afin de dépister rapidement tout problème cardiovasculaire ou cancéreux.
2 - Tout savoir sur la ménopause. Santé publique France - QuestionSexualite.fr, mai 2026
10 - Ménopause : le traitement hormonal substitutif repart à la hausse depuis 2022. Vidal, juin 2026
15 - La ménopause : s’informer et en parler. Ministère de la Santé, octobre 2026
18 - OpinionWay pour Astellas – La ménopause au travail, juin 2025
20 - Bien vivre la ménopause, Assurance maladie, avril 2026
21 - Les cancers de l'endomètre : l’essentiel. Institut national du cancer, mai 2022



